À Bamako, les chefs d’État de l’AES resserrent les rangs

Réunis mardi à Bamako pour la deuxième session ordinaire du Collège des chefs d’État de l’AES, les présidents du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont défendu la Confédération comme un choix souverain face aux ingérences, aux divisions internes et à l’insécurité persistante au Sahel.

Les présidents Assimi Goïta (Mali), Ibrahim Traoré (Burkina Faso) et Abdourahamane Tiani (Niger) ont réaffirmé mardi leur détermination à consolider la Confédération des États du Sahel (AES), lors de la deuxième session ordinaire du Collège des chefs d’État, tenue à Bamako, marquée par des discours offensifs contre « l’impérialisme » et les « ingérences extérieures ».

Dans son discours d’ouverture, le président malien Assimi Goïta, également président en exercice de la Confédération, a rappelé que l’AES est née en 2023 de « la nécessité d’une réponse commune face aux menaces sécuritaires, politiques et économiques », notamment pour éviter « que ne se reproduisent, dans notre espace, les scénarios tragiques vécus en Libye en 2011 ».

« Conscients du danger qu’une telle démarche faisait peser sur l’ensemble du Sahel, et convaincus que seule l’union permettrait de surmonter nos épreuves, nous avons décidé de constituer un front commun », a-t-il déclaré, saluant « l’engagement sans faille de nos vaillantes populations confédérales ».

Le chef d’État malien a dressé un bilan des acquis de la Confédération autour de ses trois piliers : défense et sécurité, diplomatie et développement, annonçant notamment la création d’une « Banque confédérale pour l’investissement et le développement, dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA », ainsi que le lancement de la télévision AES et de documents de voyage communs.

« Grâce à l’engagement et au professionnalisme de nos forces de défense et de sécurité, plusieurs milliers de terroristes ont été neutralisés, des centaines de sanctuaires détruits et d’importantes quantités d’équipements saisies », s’est-il félicité.

Traoré alerte sur « l’hiver noir » menaçant l’Afrique de l’Ouest

Dans un discours particulièrement offensif, le président burkinabè Ibrahim Traoré a alerté sur ce qu’il a qualifié d’« hiver noir » menaçant l’Afrique de l’Ouest. « Je le dis en toute responsabilité : quelque chose se prépare en Afrique de l’Ouest. Je l’ai appelé « l’hiver noir ». Cet hiver arrive. Il sera froid, sanglant et meurtrier », a-t-il prévenu.

« La guerre se déplace vers l’Afrique de l’Ouest. Les impérialistes font tout pour mettre la région à feu et à sang. Et pendant ce temps, certains dirigeants et certaines populations font semblant de ne rien voir, ou pire, deviennent complices de ce qui se prépare », a-t-il dénoncé.

Le capitaine Traoré a également critiqué les « chefs d’État lâches » qui « se cachent derrière des médias pour décourager, insulter et attiser la haine entre les populations », appelant à « avoir le courage de se dire la vérité, aussi crue soit-elle ».

« Une chose est certaine : l’AES vaincra et l’AES grandira. Restez sereins. Aucune manipulation ne pourra nous diviser ni nous pousser à la haine », a-t-il martelé.

Tiani dénonce les « forces étrangères de prédation »

S’exprimant à son tour, le président nigérien Abdourahamane Tiani a insisté sur le caractère « souverain et irréversible » de la création de l’AES, présentée comme « la réponse à plus d’une décennie d’insécurité, de massacres et d’échecs des mécanismes internationaux ».

« Les décisions concernant les peuples de l’AES se prennent désormais à Bamako, Ouagadougou et Niamey, et nulle part ailleurs. Il n’existe pas de développement sans indépendance réelle », a-t-il affirmé, dénonçant les systèmes antérieurs d’avoir « favorisé la prédation des ressources, la dépendance économique et l’humiliation des peuples sahéliens ».

Le général Tiani a également accusé des « puissances impérialistes », citant explicitement la France, de mener des « tentatives de déstabilisation, la guerre de communication, les sanctions économiques et les manœuvres d’isolement », tout en assurant que ces actions ont « échoué face à la résilience des peuples sahéliens ».

Les trois dirigeants ont rendu hommage aux forces de défense et de sécurité engagées contre le terrorisme et ont réaffirmé leur volonté de faire de l’AES « un cadre durable de souveraineté, de sécurité collective et de développement au service exclusif des peuples du Sahel ».

Le président Goïta a également remercié ses homologues « pour leur solidarité agissante à l’égard des populations maliennes qui, depuis l’annonce de la tenue de cette deuxième session, subissent un terrorisme économique d’une ampleur sans précédent ».

Parmi les projets annoncés figurent une autoroute et une ligne ferroviaire reliant Bamako, Niamey et Ouagadougou, ainsi qu’une centrale d’achat des produits de première nécessité.

À l’issue du sommet, le président Goïta devrait céder la présidence de la Confédération à l’un de ses homologues pour un mandat d’un an.

APAnews